Depuis l’expansion mondiale de l’épidémie de COVID-19, les répercussions sur l’industrie dans son ensemble ont suivi une courbe exponentielle. Elles sont décuplées par les complexités et les interdépendances des "Supply Chains" largement mondialisées des entreprises.

Dans cet article, j’explore quelques-uns des enjeux les plus pressants et propose quelques approches qui pourraient aider les entreprises industrielles à tirer les leçons de la crise, puis rebondir le moment venu et réinventer leurs façons de faire à long terme.

La Chine et l’effet domino sur la Supply Chain mondiale

Les effets de la crise COVID-19 sur le secteur manufacturier chinois ont engendré un effet domino considérable sur la Supply Chain mondiale en raison de son vaste réseau d’interdépendances et de la position dominante des industriels chinois dans les chaines d’approvisionnement d’un grand nombre de secteurs d’activité. Pour y voir plus clair, prenons l’exemple de l’industrie automobile. Un constructeur mondial d’automobiles (fabricant d’équipement d’origine ou FEO) compte environ 200 fournisseurs de modules ou de systèmes de niveau 1, 600 fournisseurs de composants de niveau 2 et plus de 3 000 fournisseurs de pièces et matériaux de niveau 3. Le FEO achète directement de quelques fournisseurs de niveau 1, qui en retour font des achats auprès de fournisseurs de niveau 2, qui s’approvisionnent chez des fournisseurs de niveau 3. Ce principe de sourcing à plusieurs niveaux et la dépendance de chacun vis-à-vis de ses fournisseurs de niveau inférieur mettent à risque l’ensemble de la Supply Chain en cas de défaillance d’un seul et unique maillon de la chaine. La complexité des interdépendances et la difficulté des entreprises manufacturières à établir une vision transparente et complète de ses capacités et contraintes (incluant celles de ses fournisseurs) amplifient les effets de la crise en cas de rupture ou d’incident. Ce constat, exacerbé par la crise, induit les industries manufacturières à se doter d’une Tour de Contrôle Supply-Chain.

Une contraction générale liée à la réduction de l’offre et à la diminution de la demande

Dans la figure ci-dessous, nous avons schématisé, dans le contexte de la pandémie COVID-19, les différentes parties prenantes des chaînes mondiales d’approvisionnement et leurs interdépendances. La rupture de la Supply Chain s’est amorcée par la contraction très forte des activités de production, initialement en Chine puis ensuite à travers le monde. Avec la propagation du virus, le volume d’activité dans les usines a fortement décru avec le confinement de travailleurs à la maison pour des raisons de sécurité. Ensuite des problèmes de transport, tels que des bateaux de marchandises non déchargés, ont également entraîné des ruptures d’approvisionnement pour les entreprises manufacturières mondiales. La fermeture des frontières dans plusieurs régions du globe a engendré des blocages et des cycles de livraison plus longs, même pour des fournitures locales.

Et dans le même temps, la perte de revenus subie par les entreprises et les employés dans plusieurs secteurs d’activité a également engendré une baisse des dépenses de consommation et donc de la demande pour les entreprises manufacturières. Ce qui, par ricochet, a contraint plusieurs entreprises à revoir à la baisse leurs plans de production.

Interdépendances au sein de la Supply-Chain mondiale et impacts de la crise COVID-19

Interdépendances au sein de la Supply-Chain mondiale et impacts de la crise COVID-19

Ces fluctuations sur les parties Supply et Demand ont clairement mis en tension les processus et solutions de planification des entreprises manufacturières. Les processus actuels de S&OP et de planification de production ou de distribution ont montré leurs limites et doivent conduire les entreprises manufacturières à évoluer vers des processus et solutions d’Integrated Business Planning qui amènent plus d’agilité et de flexibilité sur l’équilibrage entre des demandes plus volatiles et des capacités de Supply plus contraintes.  

La pandémie a pris de l’ampleur et, bien que nous ne puissions en prédire l’intégralité des répercussions opérationnelles et financières, il est évident que nous traversons une période difficile. Alors que ses revenus baissent, le secteur manufacturier va chercher naturellement à réduire ses coûts. Mais il devra également investir pour se réinventer en transformant sa Supply Chain pour la rendre plus résiliente en corrigeant les faiblesses ou problèmes dévoilés par la crise.

Un enjeu majeur : faire des économies tout en investissant pour rebondir

Depuis de nombreuses années, les entreprises manufacturières ont adopté des démarches Lean ou d’amélioration continue pour optimiser leurs opérations et réduire leurs coûts. Ces démarches vont devoir s’accélérer dans les contextes actuels de gestion et de sortie de crise pour réaliser à très court terme des économies tout en se préparant à assurer la reprise des activités et le retour à une croissance durable.

Chasse aux gaspillages, automatisation, simplification, amélioration de la productivité… Les recettes pour générer des économies à très court terme sont multiples et devront toutes être explorées. Tout d’abord en recensant et en éliminant les tâches à faible valeur ajoutée. Ensuite en automatisant des processus manuels à l’aide de technologies d’automatisation robotique des processus (RPA) ou de technologies telles que l’intelligence artificielle pour accélérer des processus de prévision et de décision. Les entreprises pourront également simplifier leurs processus opérationnels pour gagner en efficacité et réduire les surcoûts induits par trop de complexité tout en permettant d’installer une culture de standardisation et de frugalité.

Les entreprises manufacturières vont également pouvoir renégocier les contrats avec leurs fournisseurs pour en minimiser le coût tout en préservant ou même améliorant la qualité des services délivrés. Ou elles pourront signer de nouveaux contrats en externalisant certaines de leurs activités (telles que les services de maintenance des applications ou infrastructures IT) pour générer des économies grâce aux économies d’échelle dégagées par leurs partenaires.

Et investir pour rebondir

Outre les économies de coûts, les dirigeants des entreprises manufacturières cherchent à reprendre le contrôle ainsi qu’à se préparer à rebondir et à reprendre leurs activités. Pour cela, ils vont devoir tirer les leçons et impacts de la crise sur leurs activités en général et sur leur Supply Chain en particulier.

Et tout d’abord, sur un plan stratégique, les entreprises manufacturières vont devoir repenser l’organisation générale de leur Supply Chain pour corriger les défaillances ou risques causés par les interdépendances actuelles. Cela pourra conduire à des changements structurels sur la localisation des activités (avec par exemple des relocalisations d’activités de production) ou sur la révision des stratégies de sourcing fournisseurs.

Comme évoqué précédemment, les entreprises manufacturières vont devoir également améliorer leurs capacités de contrôle et de planification en mettant en œuvre des solutions de type ‘Supply Chain Control Tower’ et ‘Integrated Business Planning’.   

Et enfin, il leur faudra gérer l’équilibre délicat entre économies et investissements. Cela nécessitera d’utiliser au mieux tous les leviers digitaux pour automatiser des tâches, transformer des modes opératoires ou développer ses capacités d’innovation frugale.

A propos de l'expert

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Norbert Seimandi

Vice-Président en charge du Centre d’Excellence dédié à la transformation numérique de la Supply Chain chez CGI

Portrait d'expert CGI : Norbert a rejoint CGI en 2017. Membre du comité de direction de la région Grand Est, il est en charge de piloter la stratégie en matière d’innovation et d’IP.

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